Les jeunes trotteurs qui vont marquer 2026
Chaque année, je me prête au même exercice : identifier les jeunes qui vont crever l’écran. Parfois je me plante, souvent je vois juste. C’est le jeu. Cette année, la génération des 4 ans (nés en 2022) me paraît exceptionnellement riche. Et chez les 3 ans, il y a deux ou trois noms qui me donnent des frissons.
Les 4 ans : la génération dorée
Joyau du Pommereux
Fils de Readly Express et d’une mère par Love You, ce trotteur a un pedigree en or massif. Mais le pedigree ne fait pas tout — je l’ai vu assez de sang bleu finir aux oubliettes. Non, ce qui me plaît chez Joyau du Pommereux, c’est son attitude. Ce cheval a du mental. Il a gagné ses trois qualificatives sans jamais donner l’impression de forcer, les oreilles droites, le geste ample. Son entraîneur Sébastien Guarato n’est pas du genre à s’emballer, mais quand je lui ai demandé jusqu’où ce cheval pouvait aller, il m’a répondu : « Je ne lui vois pas de plafond. » Ça m’a suffi.
Jolie Gédé
Je l’ai déjà mentionnée dans ma chronique précédente, mais elle mérite qu’on s’y attarde. Cette pouliche de la maison Gédé — famille qui nous a donné tant de bons chevaux — tourne en 1’12” à Vincennes comme si c’était une promenade de santé. Elle a de la vitesse pure, mais aussi de la tenue. Sur 2700 mètres, elle ne faiblit pas. Et chez les femelles de 4 ans, la concurrence est loin d’être insurmontable cette année. Le Prix Ozo en mai pourrait être son premier Groupe I.
Jackpot de Bomo
Celui-là, personne n’en parle, et c’est exactement pour ça que je vous en parle. Il court en province depuis six mois, empile les victoires dans l’indifférence générale, et ses chronos progressent course après course. Son entraîneur, un petit artisan du Calvados, fait un travail remarquable dans l’ombre. Quand Jackpot de Bomo débarquera à Vincennes — et ça ne saurait tarder — les cotes seront généreuses. Notez ce nom.
Les 3 ans : la pépinière
La génération 2023 est plus difficile à lire, parce que beaucoup n’ont couru qu’en qualificatives. Mais deux noms ressortent.
Kléber du Pont
Entraîné par les Levesque, ce fils de Bird Parker a montré une précocité inhabituelle. Sa qualificative de février en 1’16”5 sur 2100 mètres est tout simplement le meilleur chrono de la génération à ce stade. Il a de la mécanique, ce petit. Son seul défaut : il s’observe beaucoup. Il regarde à droite, à gauche, les oreilles en radar. Il faudra qu’il se concentre quand la concurrence sera plus sérieuse.
Katrina d’Espace
Une pouliche discrète mais redoutable. Elle a tout gagné sans faire de bruit, avec des chronos solides et une régularité qui plaît aux parieurs. Son entraîneur, Thomas Levesque, la ménage intelligemment. Je pense qu’on ne la verra pas avant mai, mais quand elle pointera le bout de son nez à Vincennes, il faudra être dessus.
Le mot de la fin
La relève existe. Elle est riche, diverse, et prometteuse. Le trot français a cette capacité unique à produire chaque année des champions en série. La saison 2026 ne dérogera pas à la règle.
Franck Forési