Portrait : la nouvelle génération de jockeys français
J’ai vu passer des générations de jockeys et de drivers. Des grands, des bons, des moyens, et quelques génies. Et je peux vous dire qu’en ce printemps 2026, la relève est non seulement assurée, mais elle est spectaculaire. Voici quatre jeunes hommes et une jeune femme qui méritent votre attention.
Thomas Beaurain, 24 ans — le surdoué de l’obstacle
Je l’ai repéré il y a trois ans dans une course de haies à Compiègne. Il montait un outsider sans espoir, et pourtant, la façon dont il a présenté son cheval aux obstacles m’a coupé le souffle. Une précision chirurgicale. Un calme olympien. Et cette qualité rare chez un jockey d’obstacle : il ne bouge pas dans le dernier obstacle, là où 90% de ses collègues commencent à s’agiter.
Depuis, Beaurain a grimpé les échelons à une vitesse folle. 47 victoires en 2025, dont deux Groupes III à Auteuil. Son association avec le cheval Doyen d’Auteuil pourrait le propulser dans une autre dimension cette saison. Guillaume Macaire, l’entraîneur le plus exigeant de l’obstacle, lui confie ses meilleurs chevaux. Quand Macaire vous fait confiance, c’est que vous êtes bon. Très bon.
Léa Boisgontier, 22 ans — la pionnière du trot
Les femmes dans le trot, ça n’a rien de nouveau — on pense à Marion Levesque ou Gabrielle Gelormini. Mais Léa Boisgontier apporte quelque chose de différent : une technicité de très haut niveau combinée à un sens tactique inhabituel pour son âge. Elle lit les courses comme un livre ouvert.
Je l’ai vue gagner à Vincennes le mois dernier sur un cheval que personne n’attendait, avec une course d’attente magistrale. Elle a lancé son trotteur à 300 mètres de l’arrivée, pile au bon moment, avec une précision de métronome. Après la course, je suis allé la voir. Elle m’a expliqué sa stratégie avec une clarté et une maturité qui m’ont bluffé. Cette fille ira loin.
Hugo Journiac, 26 ans — le nouveau roi du plat
Journiac monte pour les meilleures écuries de Chantilly, et ce n’est pas un hasard. Ce fils d’entraîneur a grandi dans les écuries, il connaît les chevaux aussi bien en selle qu’au box. Sa force : une capacité à s’adapter à n’importe quel type de cheval. Il peut retenir un cheval tirant comme un malade en début de course, puis le lancer dans un finish explosif.
L’an dernier, il a remporté 89 courses en France, se plaçant dans le top 5 des jockeys de plat. Cette année, son objectif affiché est le Prix du Jockey Club. Rien que ça. Quand je lui ai demandé s’il ne visait pas trop haut, il m’a répondu avec un sourire : « Si on ne vise pas la lune, on ne décroche même pas les étoiles. » La confiance de la jeunesse. J’aime ça.
Maxime Bazire, 23 ans — l’héritier
Le fils de Jean-Michel. Le poids du nom est considérable, et le gamin le porte avec une élégance naturelle. Il ne cherche pas à imiter son père — il a son propre style, plus fluide, moins autoritaire. Là où Jean-Michel Bazire impose sa volonté au cheval, Maxime suggère. Et parfois, la suggestion fonctionne mieux que l’ordre.
Ses résultats 2025 parlent d’eux-mêmes : 112 victoires, dont le Prix de Bretagne à Vincennes. Il commence à driver les meilleurs chevaux de l’écurie familiale, et son père lui laisse de plus en plus de rênes — au sens propre comme au figuré.
Ce qui les unit
Ces quatre-là partagent un trait commun : le travail. Je les vois arriver le matin à l’entraînement avant tout le monde et repartir les derniers. Ils regardent les vidéos de leurs courses, analysent leurs erreurs, étudient la concurrence. Le talent ne suffit plus dans le turf moderne. Il faut de la rigueur, de la préparation, et une hygiène de vie irréprochable. Cette génération l’a compris.
Le turf français a de beaux jours devant lui.
Franck Forési