Vincennes : retour en force après la trêve hivernale
J’ai poussé la porte de Vincennes mardi dernier, un matin de mars encore frais, et j’ai retrouvé cette odeur si particulière — mélange de terre humide, de cuir et de crottin — qui me colle à la peau depuis trente ans. L’hippodrome du bois de Vincennes, c’est ma deuxième maison. Et je peux vous dire qu’elle est prête pour le printemps.
Une piste en état de grâce
Les travaux de drainage réalisés pendant la trêve hivernale ont porté leurs fruits. La piste est souple, régulière, sans ces flaques traîtresses qui pouvaient piéger les trotteurs en fin de meeting d’hiver. J’ai discuté avec le responsable des pistes : ils ont refait tout le système d’arrosage automatique. On peut espérer des conditions homogènes tout au long du printemps, sauf grosse canicule précoce.
Les chronos des entraînements de cette semaine le confirment : on tourne en 1’14” sans forcer, ce qui laisse présager des courses rapides dès la reprise du meeting de printemps.
Le programme qui fait saliver
Le calendrier vincennais du printemps 2026 est particulièrement dense. On attaque fort avec le Prix de Normandie le 12 avril, qui réunira les meilleurs 4 ans. C’est toujours une course révélatrice : les gagnants de cette épreuve se retrouvent souvent en septembre pour le Critérium des 4 Ans.
Fin avril, le Prix de Sélection lancera les premières manœuvres avant le Grand Prix de France (7 juin). C’est là que les écuries dévoilent leurs cartes. Et croyez-moi, j’ai des informations qui me font dire que la hiérarchie établie cet hiver pourrait voler en éclats.
Ce qui a changé pendant la trêve
Plusieurs entraîneurs ont profité de la pause pour revoir leurs méthodes. Philippe Allaire a recruté un nouveau vétérinaire spécialisé en ostéopathie équine. Les résultats se voient déjà : ses chevaux se déplacent avec une fluidité que je ne leur connaissais pas.
Jean-Michel Bazire, lui, reste fidèle à sa méthode — du travail, du travail, encore du travail — mais il a fait venir deux 3 ans prometteurs de Suède. Le trot scandinave continue d’alimenter nos courses, et c’est tant mieux. La concurrence élève le niveau.
Du côté des jockeys-drivers, le grand changement c’est le retour d’Éric Raffin après sa blessure au poignet. Je l’ai vu driver mercredi matin à l’entraînement : il est affûté, concentré, et visiblement affamé de victoires. Sa rivalité avec Bazire Jr promet des fins de course mémorables.
Mon pronostic pour le printemps vincennais
Je le dis sans détour : cette saison 2026 sera celle du renouvellement. Les vieux briscards comme Face Time Bourbon ou Davidson du Pont ont tiré leur révérence, et la nouvelle génération doit prendre le relais. Les 5 et 6 ans vont se battre pour le trône, et c’est justement dans ce genre de période de transition que les cotes explosent et que les parieurs avisés font leur beurre.
Vincennes au printemps, c’est le plus beau spectacle hippique de France. Venez un dimanche après-midi, installez-vous en tribune, et regardez ces trotteurs dévaler la descente. Vous comprendrez pourquoi je fais ce métier depuis trente ans.
Franck Forési